services libres

Pourquoi utiliser des services libres ?

Tout comme pour les logiciels que nous utilisons, le choix des services en ligne a un impact important sur notre vie numérique. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne nos données privées.
Par Librist.org
Pourquoi utiliser des services libres ?
Benjamin Bellamy - Pexels

Voyons pourquoi opter pour des services libres c'est protéger sa vie privée et sa sécurité, c'est défendre le contrôle de ses données et la transparence.

Respect de la vie privée

Pour fonctionner, les services en ligne nécessitent des logiciels installés sur des serveurs et éventuellement aussi des applications sur nos appareils. Les services libres utilisent des logiciels libres et respectent la vie privée des utilisateurs et utilisatrices. Car les logiciels libres s'inscrivent dans une démarche éthique, qui cherche à donner le contrôle aux utilisateurs sur les outils numériques en permettant le partage du savoir technologique. La transparence des services libres, du fait de leur code source accessible au public, permet à quiconque de vérifier comment ils fonctionnent et de s'assurer qu'ils respectent leurs promesses en matière de confidentialité et de sécurité.

Les services en ligne non libres - appelés par la suite services privateurs1 - sont généralement financés par la publicité ciblée. C'est la principale source de revenus des services "gratuits". Les services payants ont aussi recours à la publicité pour diversifier leurs revenus. Concrètement, les services privateurs vous espionnent et collectent des informations à partir de vos échanges, et peu importe que ces informations relèvent aussi de l'intime ou du secret médical... Il s'agit d'une collecte massive de données pour les vendre à leurs clients, les annonceurs de publicité. Ceux-ci utilisent les données pour vous présenter la publicité la plus susceptible de générer une vente. Cette collecte massive de données pose également des problèmes de sécurité, car les données deviennent des cibles pour les cybercriminels ou les gouvernements oppressifs2.

Les services libres aussi ont besoin d'être financés. Leur développement, l'hébergement en ligne et la maintenance des services ne sont pas gratuits. Mais le financement d'un service libre ne peut pas reposer sur la publicité ciblée, qui est incompatible avec la liberté des utilisateurs. Les services libres sont généralement financés par des dons et des contributions volontaires, mais ils peuvent aussi être payants.

Cela ne veut pas dire que les services libres ne collectent aucune donnée. Mais ils minimisent la collecte à celles nécessaires au fonctionnement du service et pour des fins autres que la publicité (voir la politique de confidentialité de librist.org par exemple). Les services libres ont un devoir de transparence, ce qui offre aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs données. À l'inverse, les services privateurs décident ce qui est collecté, comment ces données sont utilisées et où elles sont stockées, sans consulter les utilisateurs.

Sécurité et logiciels libres

Du fait de l'accessibilité du code source, analysable et modifiable, les services libres peuvent bénéficier de contributions d'experts en sécurité. Les services libres les plus populaires reçoivent des contributions du monde entier et les vulnérabilités de ces programmes peuvent être identifiées et corrigées rapidement. Les services privateurs peuvent avoir des équipes de sécurité compétentes mais leur processus est opaque et non vérifiable par le public.

Aussi, l'aspect communautaire des services libres favorise le développement de technologies centrées sur les besoins des utilisateurs et utilisatrices plutôt que sur les profits car les services libres ne dépendent pas des décisions commerciales d'une entreprise unique. Et ils peuvent continuer à exister et à évoluer même si une entité contributrice cesse ses activités ou change de modèle économique, puisque les utilisateurs peuvent poursuivre son développement.

Des réseaux sociaux décentralisés

La décentralisation est un aspect technique important. Dans un réseau décentralisé - comme Mastodon ou Pixelfed - les utilisateurs et utilisatrices peuvent choisir le serveur - aussi appelé instance - où s'inscrire. Cela offre plus de liberté : si un serveur ne convient pas ou s'il perd notre confiance, on peut en changer. On peut comparer les serveurs en fonction de critères qui nous tiennent à cœur, notamment la protection des données ou les règles de modération (types de contenu autorisés ou non). Il est même possible d'installer sa propre instance, sur son propre serveur. On garde ainsi le contrôle intégral de ses données, qu'on ne confie à personne. À condition bien sûr d'avoir les compétences techniques pour gérer son propre serveur. Cela n'est pas insurmontable et peut s'apprendre par l'entraide : voir Framasoft, association d’éducation populaire ou le projet YunoHost, qui veut démocratiser la gestion des serveurs.

Les réseaux sociaux décentralisés font souvent partie d'un écosystème plus large, comme le Fediverse, qui permet aux utilisateurs de différentes plateformes de communiquer entre elles et eux. C'est une liberté supplémentaire pour les utilisateurs qui peuvent choisir parmi une diversité de plateformes et il est possible d'exporter ses données pour migrer de l'une à l'autre. Les réseaux centralisés, en revanche, fonctionnent de manière isolée les uns des autres. Ces silos fermés créent une dépendance chez les utilisateurs en les enfermant dans un écosystème propriétaire puisqu'il est difficile, voire impossible, de migrer ses contacts, photos ou messages d'une plateforme à une autre. Cette pratique, appelée vendor lock-in, donne un pouvoir disproportionné aux entreprises qui contrôlent ces silos.

Liberté d'expression

Les réseaux décentralisés offrent une plus grande liberté d'expression car les règles et politiques de modération sont explicites. Les utilisateurs et utilisatrices savent ce qui est autorisé ou non sur une instance et peuvent choisir celle qui respecte leurs valeurs. Et il y a toujours la possibilité de créer sa propre instance pour définir ses propres règles, tout en acceptant que d'autres instances puissent refuser du contenu incompatible avec les leurs (par exemple du contenu pornographique ou des messages jugés offensants).

Dans les réseaux centralisés, les règles de modération ne sont pas toujours explicites et elles s'imposent sans contestation possible. C'est le cas régulièrement de messages exposant des œuvres d'art classiques, censurés car considérés pornographiques du fait de la nudité représentée. Autre exemple : début 2025, Facebook a bloqué les messages mentionnant Linux, en invoquant une menace pour la cybersécurité. Ces décisions arbitraires et infondées peuvent se reproduire du jour au lendemain. Avec pour conséquence une autocensure des utilisateurs qui souhaitent éviter les conflits avec la plateforme.

Pas de manipulation algorithmique

Dans les réseaux décentralisés, les publications sont affichées par défaut dans un ordre chronologique, donc les utilisateurs et utilisatrices voient les messages dans l'ordre où ils sont publiés. Les réseaux centralisés en revanche utilisent des algorithmes complexes pour déterminer ce que les utilisateurs voient, ils peuvent manipuler leur flux d'informations et favoriser certains contenus au détriment d'autres. Cette manipulation algorithmique, couplée à la centralisation, rend plus facile la propagation de la désinformation à grande échelle. On constate quotidiennement ce fléau sur les réseaux centralisés, tels que X/twitter ou Facebook. Soit par faillite - leur incapacité à empêcher les fake news - soit par soutien explicite, comme dans le cas de X/twitter depuis le rachat par Elon Musk.

La manipulation algorithmique tend également à enfermer les utilisateurs dans des bulles de filtres (filter bubbles en anglais) du fait de la personnalisation du contenu affiché en fonction des habitudes des utilisateurs. Cette personnalisation crée une sorte de bulle informationnelle qui isole les utilisateurs dans une réalité en ligne qui correspond à leurs attentes et à leurs biais préexistants. Ce fonctionnement pose un certains nombre de problèmes. Les utilisateurs sont exposés à une gamme restreinte de points de vue, ce qui limite leur accès à des informations variées et contradictoires ; Les bulles de filtres peuvent exacerber les divisions sociales en isolant les utilisateurs dans des écosystèmes informationnels homogènes, ce qui polarise les discussions et les individus ; Les utilisateurs sont moins exposés à des idées qui remettent en question leurs croyances, ce qui peut renforcer les biais de confirmation3 ; Les algorithmes peuvent être manipulatoires et êtres utilisés pour influencer les opinions et les comportements des utilisateurs, à des fins politiques ou commerciales.

Conclusion

Les services numériques libres (comme Mastodon, Pixelfed, Diaspora...) offrent une alternative éthique, transparente et respectueuse de la vie privée, par rapport aux services privateurs (tels que Facebook, X/Twitter, Instagram, TikTok...). Ils permettent aux utilisateurs et utilisatrices de reprendre le contrôle de leurs données, de soutenir une philosophie technologique communautaire au service de tous, de participer à une expérience sociale plus inclusive et décentralisée.

Faites le choix de plateformes moins intrusives et plus respectueuses de vos droits numériques !

Pour aller plus loin sur les enjeux liés aux services libres et pour découvrir des alternatives aux services privateurs, voir l'initiative Dégooglisons Internet de Framasoft, ainsi que notre présentation de Mastodon et de Pixelfed.


  1. Par analogie aux logiciels privateurs. La Free Software Foundation en propose une définition, "On appelle logiciel privateur, ou logiciel non libre, un logiciel qui ne respecte pas la liberté des utilisateurs et leur communauté. Un programme privateur met son développeur ou son propriétaire en position d'exercer un pouvoir sur les utilisateurs" : Le logiciel privateur est souvent malveillant 

  2. A titre d’exemple, le gouvernement israélien utilise les données personnelles qu'il recueille sur les Palestiniens comme moyen de chantage. « Utilisant la fragilité sociale des LGBT, les services d’espionnage de l’armée israélienne traquent leurs téléphones et leurs ordinateurs pour les identifier. Un homosexuel évoquant sa vie privée dans ses mails ou se connectant sur un réseau de rencontres type Grindr, court le risque d’être repéré. [Un réserviste de l’unité de renseignement 8200] précise : « Nous devions collecter des informations privées concernant des Palestiniens sans lien aucun avec le terrorisme. Par exemple, nous devions signaler un homosexuel ou une personne malade ayant besoin d'un traitement coûteux en Israël. Car ils pouvaient être ainsi la cible d'un chantage afin d'en faire des collabos. ». Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv, Éditions Libertalia, 2017, pp. 148‑150. 

  3. Les biais de confirmation sont un phénomène psychologique bien documenté qui décrit la tendance des individus à rechercher, interpréter et se souvenir des informations de manière à confirmer leurs croyances ou hypothèses préexistantes. Ces biais peuvent influencer notre perception de la réalité et nous amener à ignorer ou à rejeter les informations qui contredisent nos convictions.