Liberté, sécurité, fiabilité, gratuité... Les arguments en faveur de Linux sont généralement connus mais ils ne sont pas forcément compris ni pris au sérieux. Disons qu'en dehors d'un milieu convaincu ces arguments apparaissent superficiels, de l'ordre de la publicité. Dans cet article nous proposons de renvoyer l'argumentaire à la fin. Il nous semble utile de présenter d'abord ce qu'est Linux, pour saisir l'importance de l'adopter.
Qu’est‑ce que Linux ?
Linux est un projet lancé par Linus Torvalds en 1991. Il s’agit d'un noyau (kernel en anglais), c'est à dire le composant essentiel au fonctionnement d’un système d’exploitation (operating system, OS).
Le noyau est le logiciel qui tourne en permanence et qui gère le matériel d’un ordinateur : processeur, mémoire, périphériques (disque dur, carte réseau, clavier, écran, etc.). Toutes les autres parties du système – les interfaces graphiques, les applications, les utilitaires – passent par le noyau pour accéder à ces ressources. Le noyau traduit les demandes des programmes en actions concrètes sur les périphériques (par exemple écrire un fichier sur le disque dur), il planifie les processus (quel programme utilise le processeur à quel moment), il alloue et libère la mémoire (RAM) pour chaque application...
Pourquoi lit-on aussi GNU/Linux ?
Pour obtenir un système d'exploitation complet, d’autres projets fournissent les outils et les programmes qui complètent le noyau. En particulier le projet GNU (se prononce comme l'animal, une grande antilope africaine) lancé en 1983 par Richard Stallman pour créer un système d’exploitation entièrement libre. Ce projet est désormais maintenu par la Free Software Foundation (FSF). GNU fournit notamment un compilateur (gcc) et d'autres outils de développement, des éditeurs de texte (emacs, nano), une interface en ligne de commande (bash), des outils pour manipuler les fichiers (copier, coller, renommer, déplacer les fichiers...). Sans noyau, les outils GNU ne peuvent pas fonctionner seuls. En 1991 le projet GNU travaillait sur un noyau (Hurd) dont le développement n'a pas abouti. À cette époque, sans les outils GNU le noyau Linux ne pouvait pas offrir d’interface utilisable. C'est pourquoi certain·e·s préfèrent parler de système GNU/Linux afin de reconnaître la contribution majeure du projet GNU. Souvent le terme Linux est employé pour désigner un système d'exploitation basé sur le noyau Linux et pas seulement pour désigner le noyau au sens strict.
Qu'est-ce qu'une distribution Linux ?
Les outils GNU et Linux sont des logiciels libres : leur code source est librement disponible, consultable, modifiable et redistribuable par quiconque (lire notre article sur les logiciels libres). Cette caractéristique donne naissance à des centaines de distributions Linux. On peut définir les distributions comme différentes variantes d'un système Linux. Une distribution associe un noyau Linux avec un choix cohérent de logiciels, pour fournir un système complet. Chaque distribution répond à des besoins différents, par exemple facilité d'utilisation pour le grand public, légèreté pour fonctionner sur du matériel peu puissant, stabilité et sécurité pour des serveurs ou des services critiques, spécialisation pour des outils industriels ou des développeurs avancés... Ces besoins orientent le choix des logiciels et de leurs versions : typiquement, version plus récente pour intégrer de nouvelles fonctionnalités versus version plus ancienne, éprouvée, pour plus de stabilité et de sécurité.
À titre d'exemples, quelques distributions Linux populaires :
- Ubuntu et Linux Mint se veulent accessibles aux débutant·e·s et bénéficient d'une communauté dynamique qui apporte de l'aide sur des forums et wikis.
- Debian GNU/Linux est réputée pour sa polyvalence, sa stabilité et son engagement pour le logiciel libre.
- Fedora est orientée vers l’intégration de nouvelles technologies et bénéficie aussi d’un fort soutien communautaire. Elle est sponsorisée par l'entreprise Red Hat, premier distributeur mondial d'un système d'exploitation GNU/Linux.
- openSuse est une distribution communautaire sponsorisée par l'entreprise SUSE, une des premières entreprises avec Red Hat à avoir distribué des versions commerciales de GNU/Linux.
- Arch Linux et Gentoo, distributions communautaires destinées aux utilisateurs·trices avancé·e·s, mettant l'accent sur la simplicité et le respect de la philosophie libre.
La liberté entraîne la diversité et il existe des centaines de distributions Linux. Cela peut perturber les nouveaux utilisateurs, généralement habitué·e·s à des systèmes d'exploitation non-libres uniformisés, où tout est préinstallé selon les choix des entreprises qui les commercialisent. Il ne faut pas se stresser au moment de choisir une distribution Linux, car il n'y a pas de mauvais choix : chacun·e fait son chemin et personne n'est fixé à une distribution particulière, il est même habituel d'en changer avec l'expérience.
Qu'est-ce qu'un environnement graphique ?
Tous les systèmes d'exploitation grand public proposent un environnement graphique. C'est donc très banal mais il est utile de rappeler de quoi il s'agit. Car sur ce point encore Linux se caractérise par la diversité : on peut choisir entre plusieurs environnements graphiques. Chaque distribution Linux propose un choix par défaut, de sorte que deux distributions peuvent tout aussi bien apparaître très similaires ou très différentes.
Un environnement graphique permet d’interagir avec l'ordinateur à travers une interface utilisateur en mode graphique plutôt qu'avec des commandes en mode texte. On parle aussi d'environnement de bureau (desktop environment, DE), par métaphore du bureau comme espace de travail. Avec l'arrivée des appareils mobiles, téléphones et tablettes, cette métaphore perd en pertinence au profit d'interface graphique (graphical user interface, GUI).
Un environnement graphique se compose de différents éléments. Schématiquement :
- Le gestionnaire de fenêtres. C’est le composant qui contrôle la façon dont les fenêtres s’ouvrent, se déplacent, se redimensionnent et se superposent.
- La barre des tâches. Située généralement en haut ou en bas de l’écran, elle montre le menu principal, les icônes des applications ouvertes, l’heure... C’est le point d’accès rapide aux fonctions courantes.
- Le gestionnaire de fichiers. C’est l’application qui permet de parcourir les dossiers, copier‑coller des fichiers, créer des répertoires, etc.
- Les thèmes et icônes. Ils définissent l’aspect visuel : couleurs, formes des boutons, polices, etc. On peut généralement changer ces éléments pour personnaliser le bureau.
- Les applications de base. Un environnement de bureau inclut généralement quelques programmes essentiels pour les tâches courantes, tels qu'un éditeur de texte, un visionneur d’images, un lecteur multimédia, une suite bureautique...
Les environnements les plus courants sous Linux sont GNOME, KDE Plasma, XFCE, Cinnamon, MATE ou LXQt. Ils peuvent répondre à des objectifs différents : être minimaliste ou bien riche en fonctionnalités, permettre une personnalisation poussée ou offrir un système léger... Et certains environnements graphiques visent à ressembler à un autre système d'exploitation (comme Windows ou Mac) pour ne pas perturber les habitudes des utilisateurs et faciliter leur adoption de Linux.
Que sont les paquets et les gestionnaires de paquets ?
Un paquet (package en anglais) est une archive contenant tout ce qui est nécessaire pour installer, mettre à jour et supprimer un logiciel sur une distribution Linux. Cette archive comprend notamment les fichiers exécutables, les instructions (scripts) d’installation et de désinstallation, les fichiers de configuration par défaut, la documentation... Grâce aux informations contenues dans l'archive, les paquets sont traités par le gestionnaire de paquets de manière simple et fiable, sans avoir à gérer manuellement chaque fichier.
Les formats de paquets varient selon les distributions. Pour exemples :
| Format de paquet | Distributions | Gestionnaires de paquets |
|---|---|---|
| .deb | Debian, Ubuntu, Linux Mint | apt, dpkg |
| .rpm | Red Hat, Fedora, openSUSE | yum, dnf, zypper |
| .pkg.tar.zst | Arch Linux | pacman |
A côté des gestionnaires de paquets, propres à chaque distribution, sont apparus des systèmes d’applications "universels", c'est-à-dire fonctionnant sur n'importe quelle distribution. Le but étant de simplifier la vie des utilisateurs et des développeurs. AppImage, l'un des pionniers, privilégie la portabilité et la simplicité d’usage. Flatpak et Snap ajoutent un objectif de sécurité, via l'isolation des applications (sandboxing), ainsi que des magasins d'applications (Flathub et Snap Store) et la gestion centralisée des mises à jour.
Quel intérêt d'utiliser Linux ?
Linux est un logiciel libre : son code est accessible à tou·te·s, modifiable et redistribuable. Cette transparence permet de vérifier ce qui se passe réellement sur notre machine.
Comme on l'a vu, liberté et diversité vont de pair, de sorte que Linux offre des possibilités de personnalisation sans limites.
Linux est un système sécurisé de par sa conception. Grâce à son modèle de permissions qui isole les applications et limite leurs privilèges ; grâce à des mises à jour rapides, du fait d'une communauté qui publie constamment des correctifs, souvent disponibles en quelques heures. La sécurité c'est aussi le respect de notre vie privée. Sur un système composé uniquement de logiciels libres, il n'y a pas de collecte de données personnelles, il n'y a aucun service de télémétrie intégré, aucun compte obligatoire. La transparence du code source permet de le vérifier et de l'affirmer.
Linux est un système performant et léger qui fonctionne parfaitement sur du matériel ancien ou modestement équipé (netbooks, Raspberry Pi, ordinateurs de seconde main), notamment grâce à des distributions spécialisées optimisant la sélection des programmes les plus adaptés pour ces machines. Linux est donc aussi un choix économique et écologique pour faire durer les appareils, limiter les déchets technologiques et lutter contre l’obsolescence programmée.
Linux propose un écosystème riche et gratuit. Il existe des logiciels libres de qualité, disponibles gratuitement, pour tous les besoins courants : navigateur web (Firefox), bureautique (LibreOffice), retouche photo (GIMP), lecteur vidéo (VLC)... tout est à portée de main via les gestionnaires de paquets et les magasins d'applications (Flathub et Snap Store).
Linux est particulièrement stable et fiable. En attestent les millions de serveurs web, de supercalculateurs et d’infrastructures cloud qui tournent sous Linux. C'est un système éprouvé pour des environnements de production. De fait, de plus en plus d'applications destinées aux professionnels fonctionnent sous Linux, telles que Bitwig pour la production musicale ou DaVinci Resolve pour la production vidéo. Les alternatives libres existent (Ardour, Blender) mais le choix d'une application métier peut répondre à d'autres critères... Un poste de travail professionnel peut très bien fonctionner avec Linux.
Linux est aussi de plus en plus recommandé pour les jeux vidéos. Il existe des jeux libres pour satisfaire les casual gamers et pour les hardcore gamers un grand nombre de jeux commerciaux sont aussi compatibles. Des émulateurs pour à peu près toutes les consoles fonctionnent sous Linux. De plus en plus de jeux pour Windows fonctionnent aussi parfaitement, à l'aide d'outils libres comme Wine, Lutris et Heroic Launcher ou via la plateforme Steam (non libre). Et bien sûr il existe des distributions spécialisées pour le gaming, comme GLF OS, Bazzite ou SteamOS de Valve.
Linux n’est pas seulement un système d’exploitation, c’est aussi un mouvement qui place la communauté au cœur de l’informatique. Des forums, des listes de diffusion, des sites d'entraide et autres outils d'échange offrent un soutien gratuit et réactif. En cas de problème, il y a toujours quelqu’un prêt à aider, y compris dans les Groupes d’Utilisateurs Linux (GUL), associations locales qui se réunissent régulièrement pour promouvoir l'utilisation de Linux et des logiciels libres, qui organisent des ateliers, des conférences... Il y a probablement un groupe près de chez vous : voir la liste publiée par l'AFUL. L'aspect communautaire se retrouve aussi dans l'accessibilité du code source : avec un peu d'expérience, chacun·e peut contribuer à l’évolution du projet.
En comparaison, les systèmes privateurs1 contraignent les utilisateurs à se conformer à une boîte noire, dont on ne peut ni voir ni modifier le code sous‑jacent et dont la personnalisation reste très limitée. Les éditeurs de ces systèmes imposent des exigences matérielles plus élevées, comme on l'a constaté avec la mise à jours de Windows 11, rendant volontairement obsolètes des millions de machines parfaitement fonctionnelles. Ces systèmes consomment davantage de ressources en arrière‑plan, notamment pour la collecte massive de données privées à l'insu de leurs clients... qui paient pour cela. Allez comprendre.
Pour conclure
Si vous avez fait l'effort de nous lire jusque ici, c'est que Linux vous a sûrement convaincu·e. Il ne nous reste plus qu'à vous souhaiter un excellent voyage dans le monde de Linux et des logiciels libres !
Et faites aussi le choix des services libres !
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Par analogie aux logiciels privateurs. La Free Software Foundation en propose une définition, "On appelle logiciel privateur, ou logiciel non libre, un logiciel qui ne respecte pas la liberté des utilisateurs et leur communauté. Un programme privateur met son développeur ou son propriétaire en position d'exercer un pouvoir sur les utilisateurs" : Le logiciel privateur est souvent malveillant ↩