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Linux pour appareils mobiles : présentation de postmarketOS

Un système pour smartphones basé à 100 % sur des logiciels libres, qui respecte la vie privée des utilisateurs et œuvre pour l'écologie : nous vous présentons postmarketOS, "la distribution Linux pour les appareils mobiles et au-delà..."
Par Librist.org
Linux pour appareils mobiles : présentation de postmarketOS
postmarketos.org

PostmarketOS est une distribution Linux conçue spécifiquement pour les appareils mobiles – smartphones et tablettes notamment – avec l’objectif de prolonger leur durée de vie. Car celle-ci est artificiellement limitée par la décision des fabricants d'arrêter les mises à jour logicielles, transformant de fait ces appareils en déchets électroniques. PostmarketOS a pour ambition de maintenir les appareils utiles jusqu'à ce qu'ils cassent physiquement. La réalisation de cet objectif va de pair avec un système d'exploitation basé à 100 % sur des logiciels libres. Pour autant postmarketOS ne se limite pas aux appareils mobiles et fonctionne aussi sur ordinateurs. Sa spécificité "mobile" en fait une distribution recommandée pour les machines équipées d'un processeur ARM, qui présentent une architecture similaire aux smartphones et tablettes.

La technologie au service des utilisateurs

Le projet postmarketOS pose pour principe que les ordinateurs doivent agir dans l'intérêt des utilisateurs et utilisatrices. Ils ne devraient pas porter atteinte à leur vie privée en contribuant au cauchemar de la publicité ciblée. PostmarketOS souhaite donc proposer un système d'exploitation alternatif à ceux d'Amazon, Apple, Google et Microsoft, et aussi émanciper les utilisateurs des applications et services de ces entreprises. Car ces applications et services sont conçus autour de la collecte massive de données à des fins publicitaires. En donnant aux utilisateurs le contrôle total sur leurs appareils, il s'agit de retrouver des outils à utiliser et non l'inverse, des outils qui nous utilisent. Ce n'est ni une promesse ni un slogan : l'accessibilité du code source de postmarketOS permet de le vérifier.

Un défi technique

Faire fonctionner Linux sur des ordinateurs de bureau, des serveurs ou des ordinateurs portables, c'est devenu trivial. C'est une toute autre histoire pour les smartphones, tablettes et objets connectés. Cela est dû à plusieurs facteurs.

D'abord, le matériel est moins bien supporté car absent des ordinateurs classiques, comme les écrans tactiles, les lecteurs de carte SIM, les modems 4G ou 5G, le GPS, la technologie NFC, des caméras particulièrement sophistiquées... Ces périphériques peuvent avoir besoin de pilotes (drivers) propriétaires, dont le code source est inaccessible aux développeurs de logiciels libres. Et lorsque le code est publié, cela arrive, il est généralement inutilisable car incompréhensible, faute de documentation sur le fonctionnement du matériel et du pilote lui-même.

Aussi, sur un ordinateur classique le noyau Linux peut facilement communiquer avec les périphériques de la machine grâce à la norme ACPI (Advanced Configuration and Power Interface, interface avancée de configuration et de gestion de l’énergie) qui permet de détecter et de configurer les composants matériels d'un ordinateur. C'est ce qui permet le branchement à chaud et la configuration automatique, le fameux plug-and-play. Ce n'est pas le cas pour les machines équipées d'un SoC (System on a Chip, système complet embarqué sur un seul circuit intégré) tels que les processeurs ARM. Il n’y a pas de norme équivalente à ACPI pour les appareils mobiles. Il en va de même pour le chargeur d'amorçage, connu sur PC comme BIOS ou UEFI, ici le bootloader des appareils mobiles. Chaque fabricant de processeur ARM (Qualcomm, MediaTek, Samsung...) fournit son propre bootloader. De ce fait chaque appareil a un fonctionnement différent. Sans accès à la documentation technique, généralement protégée par le secret industriel, il est très difficile de comprendre, ou deviner, comment les composants communiquent avec le noyau Linux. Faute de protocole standard, chaque fabricant fait différemment, même parfois d'un appareil à l'autre. Faire fonctionner Linux sur un appareil mobile et chaque fois un défi nouveau.

Vive les logiciels libres

Une autre contrainte des systèmes embarqués est de fonctionner sur des appareils disposant parfois de peu de ressources disponibles (mémoire, puissance de calcul...). C'est moins le cas des smartphones récents qui sont de véritables ordinateurs de poches. Mais un projet comme postmarketOS qui vise à augmenter la durée de vie d'appareils anciens doit être le plus léger possible. Sur ce point l'écosystème des logiciels libres apporte la solution. Plutôt que de créer une distribution Linux à partir de zéro, postmarketOS s'appuie sur un projet pré-existant, Alpine Linux. L'installation de base d'Alpine pèse environ 5 Mo seulement ! Partir d'un système minimal répond aussi à un enjeu de sécurité : si on enlève tout ce qui est superflu, on réduit le nombre de vulnérabilités possibles. À partir d’Alpine Linux, postmarketOS ajoute les outils nécessaires – en assurant leur développement si besoin – pour obtenir un système complet permettant de profiter de toutes les fonctionnalités d'un smartphone ou d'une tablette.

C'est un très bon exemple de ce que permet le logiciel libre : Alpine développe un outil qui peut être réutilisé par postmarketOS. D’ailleurs les développeurs d'Alpine et de postmarketOS communiquent et collaborent régulièrement. Dans l'univers des logiciels propriétaires ils se vivraient en concurrence. Avec les logiciels libres c'est le contraire, ils participent à la création de biens communs au service de toutes et tous. Et à leur tour les outils développés sous licence libre par postmarketOS peuvent être utilisés par d’autres distributions Linux (Debian, Arch, NixOS...).

Un système 100 % libre

PostmarketOS tient à proposer un système d'exploitation 100 % libre. Car c'est la seule façon de proposer un système pérenne qui soit maintenu à jour sur la durée et qui profite des corrections de sécurité pour chacun de ses composants. Autant que possible, les développeurs et développeuses de postmarketOS contribuent aux projets sur lesquels ils s'appuient. Et en particulier, ils contribuent à l'amélioration du noyau Linux. C'est ce qu'ils désignent par "mainlining" : mainline est le nom de la version officielle du noyau Linux, maintenue par son fondateur Linus Torvalds et publiée sur kernel.org.

A l'inverse, les fabricants d'appareils mobiles utilisent une version hautement modifiée du noyau Linux. Android fonctionne avec une version modifiée par Google. Cette version est à son tour modifiée par le constructeur du SoC puis modifiée à nouveau par le fabricant du téléphone. Dans ce processus, lorsque l'appareil arrive sur le marché, il embarque une version déjà ancienne du noyau. Sa mise à jour est rendue particulièrement complexe par les modifications successives. En pratique, ces appareils sont généralement condamnés à utiliser une version figée du noyau. C'est pourquoi les mises à jour du système sont très limitées dans le temps. Du point de vue économique, un constructeur préfère vendre un nouveau produit que financer une équipe de développeurs et développeuses pour mettre à jour les anciens modèles. A part les vendeurs, nous sommes tous perdants : failles de sécurité non corrigées dans les versions obsolètes, nouvelles fonctionnalités inaccessibles, dépenses supplémentaires pour le renouvellement des appareils, mise au rebut de machines qui pourraient très bien continuer à fonctionner, impact écologique de tous ces déchets technologiques...

Pour éviter cette impasse, postmarketOS cherche à faire fonctionner la version standard du noyau Linux, mainline, sur les appareils mobiles. Pour cela il faut développer des pilotes libres et directement intégrés au noyau lui-même, pour éviter des incompatibilités liées aux mises à jour et ainsi limiter le travail considérable de synchronisation avec les nouvelles versions.

Niveau de maturité de postmarketOS

Au moment d'écrire cet article, postmarketOS recense plus de 400 appareils pris en charge. Cependant pour la majorité d'entre eux les fonctionnalités sont encore très limitées, pour les raisons évoquées précédemment. À notre connaissance, encore aucun appareil ne fonctionne à 100 %. Le message d'accueil de postmarketOS met en garde : pour le moment le système est destiné aux passionnés de Linux, "Pour l'instant, nous attendons de nos utilisateurs qu'ils aient une certaine expérience de Linux et qu'ils nous aident à corriger les bogues". Mais l'objectif est bien de rendre postmarketOS accessible à toutes et tous, donc également aux personnes sans compétences techniques particulières. Cela va venir car le projet est très dynamique et il progresse vite !

Si vous souhaitez essayer postmarketOS, mieux vaut d’abord consulter le wiki pour trouver un appareil plutôt bien pris en charge. Pour vous guider, nous avons testé le smartphone Xiaomi Mi A2 Lite et la tablette Lenovo IdeaPad Duet 3 qui, hormis la caméra, fonctionnent vraiment très bien !

Si le projet vous plaît vous pouvez y contribuer, en apportant votre aide technique ou en faisant un don.

Si vous cherchez à installer Linux sur votre appareil mobile, vous pourriez aussi être intéressé·e par Ubuntu Touch.